Campus DM&I

Dans l’univers du verre, certaines pièces naissent du travail d’un artisan, tandis que d’autres prennent forme au cœur de grandes manufactures où chaque geste s’intègre dans une chaîne de savoir-faire.

Entre précision technique, cadence de production et travail collectif, ces ateliers rassemblent des artisans spécialisés qui participent chacun à une étape de la fabrication. C’est dans cet environnement exigeant et structuré qu’Émilie Rocher, jeune verrière, a choisi de construire son parcours.

À 24 ans, Émilie fait partie de ces jeunes artisans qui ont trouvé leur voie très tôt. Originaire des Côtes-d’Armor, en Bretagne, elle n’est pourtant pas issue d’une famille du milieu. C’est plutôt l’envie de comprendre les métiers manuels qui l’amène progressivement vers l’univers du verre.

Au lycée, elle s’oriente vers un baccalauréat en arts appliqués afin de découvrir les différentes possibilités qui s’offrent à elle. Très vite, l’idée de travailler dans un métier concret, où la matière occupe une place centrale, prend forme. Elle multiplie alors les recherches et les échanges pour mieux comprendre les parcours possibles.

C’est en terminale, lors d’un stage chez Jeremy Maxwell, que le déclic se produit réellement. Elle découvre l’univers du verre de l’intérieur et revient de cette expérience avec une idée claire : apprendre le métier directement sur le terrain.

Elle décide alors d’intégrer un CAP en alternance au sein de la manufacture de Baccarat. Comme pour chaque candidat, un entretien est organisé afin de vérifier la motivation et la capacité à s’adapter à l’environnement exigeant de la manufacture.

La réponse est positive. Émilie entame alors quatre années d’apprentissage.

Au fil du temps, elle découvre le fonctionnement d’un atelier où chaque étape de fabrication est essentielle.

« C’est une grande ruche », explique-t-elle.

Chacun possède une spécialité et participe à une étape précise du processus. Entre le travail du verre à chaud et celui du verre à froid, les équipes se croisent, se connaissent et contribuent ensemble à la réalisation des pièces.

Après plusieurs années dans l’entreprise, un CDI lui est proposé en 2022, une évolution fréquente dans ce type de parcours. Elle accepte. Mais pour Émilie, l’apprentissage ne fait que commencer.

« Pour être un bon verrier, il faut au moins quinze ans »,
confie-t-elle.

Cette perspective ne l’effraie pas : elle la voit comme la richesse d’un métier où l’on continue d’apprendre tout au long de sa vie.

Les journées sont rythmées par les commandes et les plannings de production. Les équipes travaillent souvent en horaires décalés, un rythme exigeant auquel il faut s’habituer.

« Une cloche marque le début de la journée de travail : c’est un repère qui structure le temps. »

Si le travail en manufacture peut parfois impressionner, certains imaginent un travail « à la chaîne » laissant peu de place à la création, elle nuance cette idée. Pour elle, l’intérêt se trouve ailleurs.

Lorsqu’on lui demande quel conseil elle donnerait à quelqu’un souhaitant se lancer dans le métier, Émilie recommande « l’alternance ! »

« C’est la meilleure façon de comprendre la réalité du métier. »

Elle conseille aussi de réaliser un mini-stage, en formation ou en entreprise, pour découvrir l’environnement de travail.

« Il y en a pour qui ça va plaire, et d’autres beaucoup moins. C’est bien de s’en rendre compte. »

Aujourd’hui, Émilie apprécie avant tout l’esprit d’équipe qui caractérise son quotidien. Elle participe également à des interventions organisées entre Baccarat et les écoles du verre pour présenter son métier et partager son expérience avec les élèves.

« C’est toujours plus sympa d’en parler de vive voix. »

Une manière, pour elle, de transmettre à son tour la passion d’un métier.